6h30. C’est l’heure à laquelle retentit l’horrible sonnerie de mon portable. [Je suis en effet revenu au vieux Nokia modèle machine à laver, incassable, imbrisable, à l’épreuve des balles et du feu. Ce portable a, depuis mon arrivée au Cambodge, résisté à 53 chutes, été recouvert du vomi d’un enfant, pris quelques douches (même là je réponds) et a survécu à un oubli dans le frigo] Sonnerie associée chaque matin à la promesse de se coucher à 18h30 le soir même, tout de suite après le boulot. Promesse jamais tenue jusqu’ici. Promesse nulle.
6h35, je me lève. Généralement poussé par la soif. Pour des raisons qu’on comprend aisément. Oui ?
Après la douche, obligatoire au Cambodge, je décolle. Ouais parce qu’ici, y a pas genre « non je m’en fous je me douche pas, je gratte 5 minutes de sommeil ». Non, ça ici t’oublies direct, tu te douches et tu fermes ta gueule. J’enfourche alors mon vélo, conçu pour les nains, et je me rends au travail.
Chaque matin, les petits vieux du rez-de-chaussée me proposent de prendre le petit déjeuner avec eux. Et tous les matins, sans exception, je tape sur la montre que je n’ai pas (j’en ai une maintenant) pour leur faire comprendre que je suis à la bourre. La seule fois où j’avais le temps et où je pensais que la mémé me tendait ma pitence, en fait c’était pour les bonzes qui viennent mendier chaque jour de la nourriture ou de l’argent dans leur belle toge orange en échange d’une prière déclamée de leur voix grave. J’ai donc failli voler la nourriture des bonzes. C’est un peu comme si je volais Buddha. J’imagine. Je connais pas bien les modalités.
Je pars donc en vélo direction le boulevard Monivong, grand axe Nord/Sud qui m’emmène sur mon lieu de travail. Le tout en essayant de ne pas me faire broyer par la circulation dantesque de Phnom Penh le matin. Oui parce que le vélo est tout en bas de la chaîne alimentaire de la circulation. Non, c’est pas le piéton. A Phnom Penh, des piétons, t’en trouves pas.
Le soir, souvent, j’ai pas vraiment la foi ni pour faire des courses – je sais pas où de toute façon – ni pour cuisiner. Bon, souvent, c’est mon coloc’ qui me fait à manger. Il adore cuisiner. Alors j’en profite. Beaucoup. Avec quelques scrupules. Parfois. Et puis je me dis : « Après tout il aime cuisiner, ça lui fait plaisir ». Et je lui dis qu’en échange je ferai la vaisselle. Résultat, c’est souvent lui qui la fait. Niveau procrastination, j’ai en effet atteint un point de non retour. J’utilise le mot procrastination, mais l’expression « Pierre est une petite merde » se prête mieux à la situation.
Si je peux me permettre une remarque ceci dit, c'est qu'il fait souvent de la ratatouille. Genre très souvent. Bon, perso j'ai rien contre la ratatouille. T'as vu moi les courgettes j'aime bien ça. Mais tous les soirs... Et puis en soirée, si tu dis que tu manges de la ratatouille, t'es tout de suite catalogué.
Sinon en bas de chez nous, il y a une petite bonne femme qui fait les meilleures nouilles de la ville dans sa charrette/cuisine. Alors il faut faire la queue, parfois pendant un quart d’heure durant lequel les Khmers nous dévisagent comme des bêtes curieuses. Peut-être parce qu'on est les seuls expats qui y viennent. Ou alors juste on est beau.
Le pire, c’est pour Vincent qui, comme je l’ai sûrement mentionné précédemment, mesure 2 mètres. Et qui constitue du coup une véritable attraction pour les gens d’ici qui ne sont pas très grands et qui s’amusent à comparer leurs tailles dans son dos, en rigolant. Et ça arrive au moins 14 fois par jour. Et les gars sont pliés. Tu leur filerais 2 tickets pour Disneyland qu’ils s’éclateraient pas autant.
Bon, malgré cet avantage physique qui joue en ma défaveur, je suis obligé de dire que j’ai de la chance d’être tombé sur lui. J'espère qu'il lit pas ça, il va penser que je veux sortir avec lui. Mais pour moi, il représente un réel atout, surtout qu'il fait office de raccompagnateur en fin de soirée. Il m'arrive d'avoir besoin d'assistance. Il m'empêche de reprendre mon vélo quand je sais plus si on pédale avec les pieds ou les mains, me réveille quand je m'endors contre un mur, une table ou tout autre surface de type non-matelassée, me porte si besoin est, et me défends quand je me mets à dos les chauffeurs de tuk tuk. Imaginons qu'une fois j'ai essayé d'en voler un qui traînait. Imaginons. Et il me coupe les cheveux aussi. Pas sa plus grande réussite, mais c'est cool quand même.
Sinon, maintenant je travaille dans une école. En tant que prof d'anglais. Oui, c'est un scandale. Même moi je trouve ça abusé. Je reviendrai sur cette nouvelle expérience un peu plus tard. Juste pour que vous sachiez, pour mon premier jour, j'avais 1h30 de retard et j'ai bu de l'essence. Oui.
C'est un peu comme un aide à domicile. Tu parodies Intouchables mec ;)
RépondreSupprimerUne biz.
Avant de dormir lisez un peu de Rabotin, ça fait du bien.
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