A peine posé dans
le bus qui doit m’emmener au Vietnam, que ma voisine, une vielle
Khmère à l’air bienveillant, semble vouloir entrer en
communication. Moi, comme elle a une dent en métal, style méchant
dans James Bond, j’ai pas trop envie de lui causer. Et puis merde,
il est 6h30 du matin. Et la veille je me suis couché tard. Pas parce
que je suis sorti. Non. Parce que je regardais Jersey Shore. (Please
don't judge me)
« Bonjour »
qu’elle me balance. On dirait qu’elle parle Français. Je suis un
peu obligé de lancer la conversation. Même si à ce moment précis
de ma vie, j’en n’ai vraiment pas envie. Et puis elle me sourit.
Malheureusement.
Après une minute, à
peser le pour et le contre, c’est moi qui lui balance : « Ah !
Mais vous parlez Français »
Et là elle tente
un : « Un...un...peu, petit...un petite peu » Ah
oui, en fait tu parles que dalle le Français et moi je me suis bien
fait niquer.
Tant pis, on va
baragouiner. Je lui explique mon travail à Phnom Penh et que je pars
au Vietnam en vacances. Je lui épargne le passage où je lui dis que
je vais retrouver une amie qui vient du Jura, que j'ai rencontrée en
Angleterre et qui habite maintenant aux Philippines. Ça pourrait
compliquer les choses. La conversation se révèle finalement assez
sympathique. Sympathique jusqu’à ce qu’elle m’explique les
raisons de son voyage au Vietnam. Des raisons médicales...
Moi perso, j’ai pas
envie de savoir pourquoi exactement. Mais elle, elle a envie que je
sois au courant. Elle a eu un accident de moto. A cause d'un chien
qui a traversé la route comme un con, juste sous ses roues. Et elle
s'est vautrée méchamment. De là, elle insiste pour me montrer ses
plaies à la jambe. Ça doit être sérieux vu qu'elle marche avec un
truc à roulettes, genre déambulateur. Alors forcément, je veux pas
voir. Du tout. Et elle me montre son vieux genou percé de trois
plaies. Alors qu'elle mime avec ses doigts dressés en gesticulant
que c'est par là que les os sont sortis. Pourquoi ça tombe toujours
sur moi?
Après 3 ou 4 heures de
route, nous arrivons à la frontière vietnamienne. Le type en charge
récupère nos passeports pour faciliter les démarches. J'ai déjà
mon visa parce que c'est pas possible de l'acheter à la frontière.
Quoi qu'on peut toujours s'arranger. Bah vui. Le problème, à vrai
dire, c'est pas mon visa vietnamien. Plutôt le cambodgien, qui a
expiré depuis quelques jours. On descend du bus pour les formalités.
Le type revient avec nos passeports et les redistribue pour qu'on
aille les faire tamponner ou je sais pas quelle connerie. Le mien ne
vient pas. A la fin, le type se ramène vers moi l'air tout embêté.
Mon visa est dépassé depuis 4 jours. Je suis au courant. Il n'y a
pas de problème, je sais que je vais raquer. Il m'escorte vers un
poste frontière où une petite quinzaine de personnes fait déjà la
queue.
Il explique la «situation» au mec déguisé en général
dans sa petite guitoune en verre. Et qui, du coup, vire tous les gens
qui attendaient, pour s'occuper de mon cas. Moi pour détendre
l'atmosphère je dis : «c'est parce que je suis le fils à
Sarkozy». Autant dire que cette blague n'a pas été
homologuée par les gens qui ont du refaire la queue. Le général
m'annonce le prix. Je donne l'argent. Qu'il met directement dans sa
poche. «Ah ouais, tu vas même pas faire semblant de le mettre dans
une tirelire, toi c'est direct dans la popoche.» Il agrafe un vieux
papier à mon passeport et me dit de circuler. Je remonte dans le bus
après un semblant de contrôle des bagages, et on repart pour une
heure et demi de route pour Hô Chi Minh ville. En parlant de ça,
moi je savais pas que Saigon et Hô Chi Minh ville c'était la même
chose. Alors quand mon coloc m'a dit « tu vas à Saigon? »,
je lui ai répondu que non, j'allais à Hô Chi Minh ville. Je suis
sûr qu'il y a plein de gens qui savent pas. Mais je me suis quand
même senti comme une merde.
Je pénètre finalement en
territoire vietnamien. Avec la conscience d'entrer en pays
communiste. Carrément. Avec une sorte de fierté débile. Comme si
je visitais Jurassik Park ou quelque chose comme ça. «T'es
déjà allé dans un pays communiste?», «Ouais»,
«Ouah, la classe!», «Ouais» Le
communisme, en réalité, je n'en verrai que ce que le Routard a bien
voulu me dire. Et difficile de le trouver entre un Subway et deux
KFC. Déjà à travers les vitres du bus, la ville n'a rien à voir
avec Phnom Penh. C'est beaucoup plus grand, indéniablement plus
développé et c'est le chaos. Tout simplement.
J'ai même pas le pied
posé sur le trottoir qu'on me saute dessus pour me proposer taxi,
moto, lunettes de soleil, cigarettes... Comme je suis au Vietnam, moi
j'ai juste envie de manger des nems. Alors je vais manger des nems.
Voilà. C'est ça le Vietnam. Je retrouve Jeanne deux heures plus
tard. Il a très vite été clair que nous ne resterions pas à Hô
Chi Minh, peu propice aux vacances de type détente. A peine arrivés
et déjà en repartance pour la plage un peu plus au nord. On sautera
dans le premier bus de nuit disponible. Mais je me serais posé des
questions si entre le moment de mon arrivée et notre départ
précipité vers les plages bleues turquoises, je n'avais pas
rencontré un nouvel être humain de type chelou. Julien était dans
la même guesthouse que Jeanne et à peine les présentations faites
qu'il me branche sur le sujet matériel audio/Hifi/Dj et est-ce que
je sais où il peut trouver du bon matos au Vietnam, et combien ça
coûte, et ce genre de conneries. Et dans ma tête il se passe ça :
« bah ouais connard bien sûr que je sais où tu peux acheter
des platines Nextbeat X au Vietnam où j'ai jamais foutu les pieds,
tu m'as pas vu mixer à Hanoi la semaine dernière après David
Ghetta? »
Avec son look de Manu Chao sous speed, Julien répond
bien à la définition du mec un peu perdu. Le profil type de
l'expat' en fait. Mais disons que lui, il a poussé le truc à fond.
Voilà. C'est un jusquauboutiste. La fumée de la beuh lui a
clairement attaqué toute la région nord ouest du cerveau, grillant
au passage les bulbes capillaires qui trainaient encore dans le coin.
Ceci dit, il a quand même cette petite énergie instable du genre
centrale nucléaire prête à péter. Donc le mec ne peut PAS se
concentrer. Et je jure que devoir rappeler 10 fois son nom à
quelqu'un, ça pique un peu les yeux. Surtout que Pierre c'est pas
ultra compliqué à retenir. Je suis désolé. On essaye quand même
d'aller se poser boire une bière. Assis. Tranquille. Et bin même
ça, c'est apparemment pas possible. Il se lève toutes les 3
minutes, courre dans tous les sens pour aller voir je sais pas quoi,
reviens, repars, reviens, va pisser, repars, etc... Bon ça je m'en
fous mais le truc c'est que quand il revenait, il reposait les
questions qu'il avait déjà posées avant. Donc conversation
limitée. Et aussi, il fait ce truc que certaines personnes font, et
qu'est bizarre, c'est à dire parler de toi comme si t'étais pas là,
mais en fait, t'es là. «Il est marrant ton pote, c'est cool
ça, et sinon il fait quoi?» Monsieur je suis en face de vous,
en vrai j'étais pas aux toilettes. Mais passons.
Après ce petit interlude,
on part finalement, soulagés, prendre notre bus en direction de la
plage de NhaTrang où on arrivera le lendemain matin.


Ah j'adore tes histoires de Pierre Richard de l'aventure.
RépondreSupprimerLa suite, la suite
Oui, ça détend :) neeext
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