vendredi 21 septembre 2012

Living in Cambodia


Les secousses du bus qui arrive à destination nous réveillent instantanément. On descend, encore un peu ensommeillés et déjà harcelés par des chauffeurs ultra motivés. Le ciel est couvert, d'une teinte grise. On se pose sur le trottoir, en face de la station de bus, pour prendre le petit déjeuner dans un minuscule café de rue. Immédiatement, un Vietnamien vient nous parler. Il est chauffeur de taxi. Et comme au Cambodge, le sujet qui sort assez rapidement, c'est les relations amoureuses. Est-ce qu'on est marié? En lune de miel? Non, on est juste deux paumés qui voulaient pas rester à Saigon. On discute un long moment, alors qu'à intervalles plus que réguliers il essaye de nous vendre les nombreux services qu'il a à proposer : transport, location, articles de pêche. On préfère aller dans le centre à pied. Lui, déçu, mais sans haine particulière, sur le ton de l'information neutre, nous indique quand même que c'est une perte de temps s'il vient discuter avec nous et qu'on prend même pas son taxi. Voilà. Ravi de vous avoir rencontré aussi. « Connecting people »


Une fois près de la mer, nous longeons les quais. Sur notre droite les tours d'hôtel se succèdent et confèrent à la ville une absence de charme assez évidente. En réalité, c'est même un spot à jeunes Australiens, venus se démonter le crâne pendant deux semaines, à grands coups de buckets de la taille du chaudron de potion magique dans Astérix et Obélix et de jeux d'alcool impliquant nudité et humiliations diverses. La plupart d’entre eux ne quittera pas la ville, pendant les 2 semaines qu’ils resteront. Enfin si, j’exagère, ils la quittent pour aller prendre le large. Il y a ces gros bateaux affrétés pour faire du snorkeling. Et il y a un open bar. Dedans le bateau. Et il n’y a pas un seul de ces gars qui voit la queue d’un poisson. Parce que l’open bar il est dedans le bateau. 

Notre première étape, louer une moto afin de remonter plus au nord, vers les plages désertes, en traversant rizières et villages. Jeanne me dit qu'elle n'a fait de la moto qu'une fois dans sa vie. Je vais conduire. Mais depuis que je me suis vautré, j'avoue, j'ai plus trop la confiance dans mon corps. Et c'est vrai qu'on va pas très vite. Et je peux sentir dans mon dos qu’elle veut prendre les commandes. Mais moi je l'ai déjà vue conduire une voiture... J'y tiens pas trop en gros. Finalement, j'abandonne. On s'arrête et on échange. Là commence pour moi ce que Sartre appelait l'enfer. Sauf qu'il a jamais pris la moto avec Jeanne. Donc il a aucune idée de quoi il parle. Jean-Paul.
Parce que cet être humain de type féminin est cramé. Elle roule super vite sur les routes pourries qui longent les rizières [en vrai elle roule normal] et moi je me chie dessus. Je crois même qu'à un moment j'ai dit à Jésus que je voulais pas mourir. Voilà. C'est dit.

On fonce sur les routes remplies du Vietnam, quand, en face de nous, apparaît une vache. Jusque-là rien d’anormal, ça arrive souvent qu’elles traînent sur la route, tranquilles. Mais d’habitude à l'approche du véhicule, ces connasses dégagent fissa. Celle-là nous lance un regard de défi et plutôt que de s'enfuir, s'allonge tout doucement, en plein milieu, en décomposant bien chaque mouvement. Je jure que si cette conne avait pu parler, elle aurait dit quelque chose du genre : « c'est qui le patron? ». Du coup, on a dû s’arrêter et attendre. La vache a su imposer son style. Nous non.

Puis se présente le premier croisement. N’ayant jeté qu’un simple coup d’œil sur une carte avant de partir, on sait pas vraiment s’il faut continuer tout droit ou bien prendre la route chelou à droite. On s’arrête un peu plus loin à la station-service où nous accueille un vieillard à la longue barbe blanche comme dans les films, et des yeux d’un bleu intense comme ça existe pas chez les Vietnamiens. Probablement un sage des montagnes qui a 150 ans et qui connait pleins de techniques de kung-fu, comme celui dans le film où la meuf de Pulp Fiction elle veut tuer Bill. On commence à lui demander notre route. Le premier réflexe est toujours de demander en Anglais. On lui pose notre question quand il réalise qu’on est Français et commence à m’engueuler parce que je parle en Anglais. « Mais vous êtes Français, vous devez parler Français » Je me sens comme une merde. Et puis on sait jamais il va peut-être me mettre un mawashi dans la gueule. En même temps voilà quoi. Il nous raconte sa vie, son père soldat français qui a rencontré une Vietnamienne et voilà, 150 ans plus tard il nous causait entre deux pompes à essence au Vietnam. Ça tient à peu de choses. Finalement.




Au bout de deux heures, on trouve quand même la petite plage qu'on cherchait. Il y a une pluie fine de merde de type Bretagne, mais c’est pas grave. Et puis on mange des nems. C’est cool mais moi je calcule vers quelle heure il faut partir pour être sûr de pas conduire la nuit, parce que le voyage de jour avait déjà été éprouvant. Au final on est rentré de nuit.

Le lendemain on décide d’aller se baigner à Nha Trang. Le temps ne s’est pas vraiment amélioré mais on a rencontré un copain qui vient du Québec. Posés sur la plage, ventre contre sol, on discute quand une vendeuse itinérante comme on en croise des dizaines à chaque coin de rue arrive en chantant : « Hellooo, is it me you're looking for ? » Qu'est-ce-que Lionel Richie vient foutre dans cette histoire?  Difficile à dire. Mais elle s’approche, sac de fruit sur le dos, machette à la main.
Est-ce qu’on veut des fruits ? Non. La réponse ne lui plaît visiblement pas. Première cible à portée de main, elle me met une énorme fessée. Grosse la fessée. Puis une deuxième. Toujours non. Voilà. Mais dire qu’une troisième me dérangerait serait malhonnête. Ui.
Quand soudain, elle brandit sa machette en chantant gaiment : « in one minute I turn you into a lady boy ». On rit de la blague de bon cœur. Bah oui franchement c’est trop marrant. Mais j’enterre quand même ma pine dans le sable. Juste au cas où. Oui comme une autruche un peu.
Là elle me met la troisième fessée qui, c’est vrai, se faisait un peu attendre, avant de continuer sa route et terroriser d’autres touristes.

Les 4 à 5 jours de vacances passeront rapidement et déjà arrive le moment de se quitter. Le petit papy Vietnamien qui nous logeait nous prend dans ses bras avant de nous laisser courir pour attraper notre bus. Retour à la case Saigon, puis nouveau bus pour le Cambodge. Sans problème cette fois-ci. Pas de femme unijambiste, pas de corruption à la frontière et pour la première fois, personne n’a vomi dans le bus. C’est un peu la spécialité ici.

J’arrive à Phnom Penh avec le sentiment de rentrer à la maison. C’est réconfortant. Je regarde le défilé des tuk-tuk, motodops et Phnom Penh que je trouvais chaotique et grouillante. Mais c’était avant de voir Saigon. Là c’est quand même beaucoup plus tranquille. En fait les gars vous êtes des petits joueurs à côté des Vietnamiens. C’est cool, j’aime bien. 

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