mardi 13 décembre 2011

Welcome to the jungle (Partie #1) : Le paradoxe du goudron



Bon, j’ai bien compris, malgré toute ma bonne volonté, que mon corps n’est pas adapté aux conditions extrêmes. Même vaguement extrêmes. Et pourtant j’essaye. Ce voyage dans la jungle du Mondulkiri, région Centre-est du Cambodge me l’a une fois de plus démontré. À mes dépends. Sinon c’est pas drôle.


On est parti un peu à l’arrache, pendant le break de la fête des eaux qui célèbre chaque année la fin des moussons. Ça se passe début novembre à Phnom Penh. Théâtre l’année dernière d’une catastrophe humaine causée par un mouvement de panique sur un pont. Avec les séquelles de cette tragédie, et les inondations de cette année, probablement que la fête n’allait pas être au rendez-vous. Puis de toute façon, j’ai pas trop envie de traîner à un truc qui s’appelle fête des eaux. Encore un coup à se souvenir de sa soirée.

Comme on est fauché, on prend la compagnie de bus la plus pourrie. 8 heures de route direction Sen Monorom, capitale de la province du Mondulkiri. Gros village formé par le croisement de deux routes et perché à 900 m d’altitude. Sans grand intérêt, mais qui se révèlera assez agréable par le calme, la fraîcheur et l’atmosphère sereine qu’il dégage. 8h de trajet sur une « route entièrement goudronnée », assène le Routard. Encore un mensonge. Bon, je ne travaille pas dans le bâtiment. Ni pour la DDE. Mais je peux dire assez sûrement que le truc sur lequel on a roulé pendant les deux premières heures, c’était pas du goudron. Ou alors leur goudron il fait vraiment la gueule. Et puis il a des trous.
Je suis réveillé par les secousses du bus qui manque de se foutre en l’air dans chaque crevasse. De part et d’autre de la route, quelques maisons noyées révèlent les stigmates des inondations tandis que l’eau qui vient lécher les bords de la piste s’étend à des kilomètres. L’impression d’avancer sur un chemin flottant, posé sur un immense lac où se prélassent des buffles sombres et gras.

Il y a un autre truc qui m’empêche de dormir. Un détail. Bizarrement, je n’ai pas encore abordé cette question pourtant frappante quand on débarque au Cambodge. Trop occupé à parler des putes probablement. Bref, ici les gens conduisent au klaxon, utilisé à raison d’une fois toutes les 5 secondes. C’est drôle. Puis agaçant. Puis on s’y fait.
Remarque sociologique : le klaxon cambodgien ne ressemble en rien au klaxon parisien. Quand un coup de klaxon à Paris signifie à peu de choses près : « Tu vas bouger ton cul grosse salope ? », un coup de klaxon au Cambodge cherche simplement à prévenir les autres usagers de son passage. Et ça les mecs, ils préviennent. Beaucoup. Au début j’avais tendance à le prendre personnellement. Bah faut pas.
Dans notre bus, on dirait aussi que le klaxon est en fait dirigé vers l’intérieur de l’habitacle tellement ça fait du bruit. « C’est pas possible, ils ont monté le bordel à l’envers ! », lançais-je à la cantonade. Pas de réaction.
Le car n’est pas top. C’est pas non plus une épave. Il y a quand même une télé qui hurle le karaoké dont les Khmers sont ultra friands. Vous feriez mieux de changer la courroie de distrib’ plutôt que d’y foutre une télé, moi je leur dis. Sans vraiment savoir ce qu’est une courroie. Ni à quoi ça sert. Je constate juste qu’à chaque arrêt un petit gars balance de la flotte sur la machinerie pour la faire refroidir. Et ça, c’est pas du tout rassurant. Parce que j’ai beau ne pas être mécano, je suis à peu près sûr que le procédé n’a pas été validé par l’Union Européenne.

On arrive entier à Sen Monorom en fin de journée, peu de temps avant que le soleil ne se couche. Sans réservation. Pendant la fête des eaux. Où les gens rentrent dans leurs provinces. Et où les touristes touristent (du verbe tourister, 1er groupe). C’est stupide. Aucune place pour notre petit groupe. Parmi la dizaine de rabatteurs qui se précipitent sur nous à la sortie du bus, nous jetons notre dévolu sur Ton aka Tony, chauffeur/restaurateur/organisateur de tours/employé d’ONG/homme à tout faire ou le couteau suisse de Sen Monorom. Gentiment, il nous traîne de chambre en chambre. Chou blanc. Quand la nuit fut venue, pas un seul petit morceau de guesthouse ou de simple pageot. Après une dizaine d’échecs, on trouve un logis très excentré et à un prix exorbitant. Mais c’est mieux que rien. On se tassera à trois dans le lit. Sous une grande moustiquaire. Histoire d’éviter quelques piqûres à risque.
Le lendemain doit commencer « LE » trek dans la jungle. Le passage obligé pour les touristes un peu casse cou. Moi, je ne suis ni touriste, ni casse cou. Par contre je suis sans doute le grand perdant de cette petite escapade qui m’aura coûté quelques affaires, un peu de mon sang et beaucoup de ma dignité d’être humain.

En fait si, je suis complètement un touriste.

[A suivre]

2 commentaires:

  1. Ah on rigole bien avec toi. Pendant ce temps là, il se passe des choses ici. Donne moi ton mail, allé quoi. johanna.

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